[Weblettre N°4] UNIVERSITE DE LILLE / CMI MINT

Licence 3ème année, semestre 6, expérimentation 2018 : Module TEC EEA
Art et science : design, audiovisuel et créativité
Céline Cuingnet (Enseignante TEC, Référente OSEC)

Afin de comprendre ce projet, je vous conseille de visiter le mur collaboratif Padlet donné en annexe et qui rend compte du travail fourni par les étudiants, travail qui n’apparait pas dans son intégralité lors du simple visionnage de la vidéo.

Genèse :

Ce projet a vu le jour suite à la soutenance du projet technique (réalisation d’un objet connecté) des 5 étudiants CMI en L3 d’EEA. Cet oral s’est déroulé comme nombre d’oraux de ce type, à savoir une prise de parole hésitante, un ton monocorde et une implication sans enthousiasme. Les arguments exposés étaient purement technicistes, la forme éminemment scolaire et aucun esprit d’équipe ne se dégageait de leur prestation. Enfin, l’objet connecté était resté tout au long de la soutenance sur la table devant eux, sans qu’un des étudiants pense à le manipuler.
Le bilan de cet oral fut que les étudiants, s’ils avaient rempli les conditions techniques imposées, ne s’étaient en revanche nullement posé la question du « pourquoi », de l’intérêt et du sens qu’il y avait à cet exercice courant sur un semestre. Les consignes avaient été suivies, académiquement, scolairement.
Nous avons donc décidé, entre membres du jury, de consacrer le module de TEC du semestre suivant à une remédiation, un approfondissement, dans le cadre d’un module d’ouverture axé sur la prise d’initiatives et la coopération.

Objectifs du module :

Confrontation des étudiants à un projet complexe, qui initie à une exploration de plusieurs domaines méconnus – design, audiovisuel – et qui ne suit pas un schéma linéaire mais plutôt arborescent.
• Réalisation d’un film publicitaire pour la promotion de l’objet connecté (ici une mini station météo) : faire preuve de créativité, de rigueur, d’autonomie.
• Capacité à se projeter dans la globalité d’un projet et dans son application minutieuse (théorie et pratique) et à se l’approprier via un jeu de rôles inspiré de l’approche AGILE/SCRUM.
• Implication dans un réel travail d’équipe (simulation d’un contexte professionnel) : être force de proposition ; savoir exprimer son individualité au sein d’une équipe ; respecter les délais imposés ; intégrer les codes de communication en entreprise (développer son intelligence intra et interpersonnelle) ; laisser émerger et se développer de réelles compétences humaines et transposables.
• Ouverture à d’autres façons de penser, de concevoir : communiquer avec un créatif ; comprendre et harmoniser les pratiques, développer son sens critique et accueillir les remises en questions (faire preuve de flexibilité).

Organisation du module :

Tout au long de ce semestre, j’ai rencontré les étudiants pour deux heures hebdomadaires. Ces séances ne consistaient pas en des TD mais plutôt en des réunions-ateliers où mon rôle était double : le « commanditaire » (ainsi appelé dans la méthode AGILE ou « product owner »), c’est-à-dire ici l’œil extérieur qui soulevait les problèmes, rappelait les délais et les objectifs, et l’accompagnant, celui qui guide. Il me semble important de signaler que je ne me suis jamais substituée à leurs rôles d’équipiers (je n’étais pas le chef d’équipe) et me gardais bien de donner la réponse aux problèmes (organisationnels, relationnels, techniques, théoriques …) qu’ils pouvaient rencontrer. Je reformulais leurs propositions, les aiguillais par des questions, et cela leur permettait généralement de trouver eux-mêmes les failles et solutions, via cette posture en miroir. En ce sens je considère mon rôle dans ce travail comme celui d’un facilitateur.

Outils utilisés :

– Padlet
– Logiciel Fusion 3D /imprimante 3D
– Matériel audiovisuel : caméra, micro, fond vert
– Logiciel de montage : Adobe Première Pro

Intervenant/structure associée :

– Julien Benayoun, designer produit, studio Bold, Paris.
– SEMM, Service Enseignement et MultiMedia, FST Lille. Responsable Multimedia : M Richard Jeu.

Contenu du module :

S1 : Prise en mains du projet
Le mot avec lequel je définirais cette première séance serait « impulsion ». En effet j’ai conçu celle-ci avec la volonté que les étudiants soient immédiatement plongés dans la vision synoptique de ce qui allait leur être demandé au long de ce semestre et qu’ils puissent percevoir tous les paramètres à mettre en place.
​​Après leur avoir annoncé les objectifs intermédiaires, nous avons étudié le calendrier et établi les différentes étapes à atteindre – analyse de l’objet, nouvelle modélisation, impression, scenario, tournage, montage, soutenance – ainsi que les deadline à respecter. Les étudiants se sont ensuite répartis les rôles, à savoir une superviseure, un secrétaire, une chargée de communication externe, une chargée de communication interne via Padlet, un référent technique. Je leur ai présenté leur outil principal de travail et de communication interne, Padlet, avec comme seule consigne : « appropriez-vous cet outil. Il s’agit de votre espace de travail collaboratif. Vous pouvez en faire absolument ce que vous voulez afin qu’il serve au mieux votre communication interne et l’avancée de votre travail. » Nous avons ensuite cadré nos séances hebdomadaires grâce à une fiche récapitulative que chaque membre de l’équipe, à tour de rôle, allait remplir à l’issue des réunions ; cet écrit servant à la fois de bilan et de prévisionnel. Cette première séance s’est achevée par une visite guidée du SEMM qui a permis aux étudiants de comprendre le fonctionnement de base du matériel audiovisuel et de prendre contact avec le référent de cette structure.

S2 : rencontre avec un créatif
Cet atelier fut le second moteur qui a permis aux étudiants de s’approprier leur projet. De leurs propres dires ces derniers n’avaient qu’une idée très parcellaire du rôle d’un designer en entreprise. Le design s’apparentait pour eux à du dessin, à la seule prise en compte de l’esthétique. L’atelier a donc commencé par une déconstruction des clichés et a mené à la prise de conscience de cette alliance sacrée que peut être une collaboration réussie entre ingénieur et designer. A l’issue des 4 heures, les étudiants ont glissé de la notion d’emballage (la coque qui emballe les circuits) à l’idée d’un objet pensé dans sa globalité et dans son utilité. Les contraintes (fonction, utilisateurs, valeurs) dessinent l’objet et lui apportent cette valeur ajoutée essentielle dans le monde industriel. Une nouvelle image, loin des idées reçues s’est alors formée : Design= dessin et dessein.
Plusieurs temps d’idéation ont ponctué cette séance afin d’affiner la vision de l’objet idéal.
Les pistes de travail ont ainsi été lancées.

Séances suivantes
Les séances suivantes ont vu se créer en parallèle la conception de trois personas. Ceux-ci ont permis le nouveau dessin de l’objet, sa modélisation et son impression. Désormais tout était justifié : forme, couleur, taille, nouveaux ajustements techniques (capteur intégré, taille de l’écran, alimentation…).
Après un temps de recherche (visionnage de plusieurs films publicitaires d’objets connectés, lectures de différents scénarii), les étudiants se sont penchés sur l’écriture d’un scenario. L’idée retenue fut de concevoir les personnages de leur film publicitaire « choral » sur la base des personas réalisés. A la suite du scenario, je leur ai demandé de créer un storyboard afin de clarifier et de faciliter le travail de tournage et de montage : plans fixes, décors, accessoires, faux-raccords …
Un temps a été également consacré à l’appréhension du tournage en lui-même afin de ne pas perdre de temps et d’agir efficacement : un tournage est chronophage et peut vite s’avérer ingérable et décourageant s’il n’est pas balisé. Chaque étudiant s’est attribué un rôle en fonction de ses désirs et compétences, à savoir réalisateur, scripte, directeur d’acteur, accessoiriste plateau, assistant réalisateur. J’ai pointé l’importance de la feuille de service : document distribué la veille du tournage et récapitulant toutes les informations nécessaires à la journée de tournage et qu’ils ont rempli avant chaque journée de tournage.
Des informations ont aussi été prodiguées en ce qui concerne les droits à l’image et l’utilisation de musique du domaine public.
Le montage s’est effectué au SEMM ainsi que la post-production : musique, voix-off…
Une fois le film réalisé, les dernières séances ont été consacrées au bilan du module et à la préparation de la soutenance : comment rendre compte de manière efficace et percutante du travail fourni (coulisses) ? Pour cela je leur ai demandé une note d’intention individuelle débouchant sur une réflexion d’équipe sur la forme à donner à leur argumentaire.

​Voici la vidéo réalisée :

Video1_Universite de Lille_Accroche 9.

​Et un petit making-off :

Evaluation :

• Soutenance : présentation de la vidéo accompagnée d’un argumentaire explicitant les démarches (choix, obstacles, réussites).
• Bilan individuel écrit pour chaque étudiant.
• Autoévaluation (personnelle et du groupe) prolongeant celle de la première soutenance.

Compétences acquises :

Il me semble intéressant ici de laisser les étudiants s’exprimer eux-mêmes. Voici donc des extraits de leur « note d’intention », sorte de fiche bilan demandée à la fin du semestre :
– « Ce projet m’a permis d’avoir des responsabilités et des missions pour la première fois, je trouve que grâce à ce projet j’ai pu découvrir mes points forts et mes points faibles dans un groupe de travail, ce qui me permettra d’imaginer comment je serai dans le monde professionnel et me permettra de me préparer pour être prêt pour tous les défis possibles. Je vois que mes points forts sont : la motivation et l’autonomie. Et mes points faibles sont : peur de m’imposer et de donner mon avis. Je trouve que grâce à ce module on communique beaucoup mieux et on arrive à se répartir les tâches plus facilement. Notre travail devient plus efficace. »

– « Ce projet m’a énormément appris, j’ai pu aborder des termes ainsi que des manières de travailler totalement différentes de ce que j’ai pu effectuer en classe. A la sortie de ce projet je me sens grandi et déjà plus apte à aborder le monde du travail. Plus proche d’un vrai travail collaboratif que d’un simple « gros TP », ce projet a donc été très formateur pour moi. Pour ma part je pense que mes camarades et moi-même avons su apprendre de nos erreurs et su nous remettre en question par rapport au travail effectué lors de notre premier semestre. De plus le contact avec le monde de la communication et de la publicité a été quelque chose de nouveau pour moi. J’avais souvent tendance à séparer la partie technique et la partie communication dans deux cases très différentes mais l’un ne peut être efficace sans l’appui de l’autre. »

Bilan :

La complexité et le foisonnement inhérent à ce projet ont été quelque peu générateurs d’anxiété (autant chez les étudiants que chez moi-même : réussiront-ils à mener le projet à terme ?) mais grâce aux jalons posés sur le terrain, cette structure s’est avérée source d’enrichissements toujours renouvelés et, partant, d’une motivation elle-même réactivée à chaque étape. Comme il y avait toujours un point nouveau à découvrir, à comprendre, à maîtriser, l’attention n’a pas faibli. Le fait que ces objectifs étaient associés à une projection concrète en termes de compétences professionnalisantes a contribué au succès de l’expérience : les étudiants ont immédiatement intégré la plus-value que représentait un travail de ce type mené à bien. Il est même à noter qu’ils ont d’eux-mêmes voulu aller plus loin et ont proposé et finalisé la création d’un logo pour la promotion de leur station météo connectée.
Quelques modifications/améliorations sont bien évidemment à prévoir pour l’année prochaine :
La fusion du projet technique et du module communication nous apparaît évidente. Il est nécessaire que la séance d’idéation avec le designer prenne place au début du semestre. Il sera toutefois pertinent de laisser les étudiants réfléchir avant cette rencontre afin que cette ouverture collaborative ne leur soit pas « donnée » d’emblée mais qu’elle vienne combler des lacunes (dépasser le simple aspect technique) et apporter de nouvelles perspectives. Ainsi le module TEC serait en somme distillé sur toute l’année : les étudiants auraient aussi davantage de temps (réflexion et création) pour réaliser le film publicitaire. Le ratio temps consacré/ECTS sera de même plus pertinent.

Annexes :

– Lien du mur padlet : https://padlet.com/celine_cuingnet/EEAS6CMITEC
– Mot de passe : successfull

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