La Franche-Comté souscrit une assurance qualité

À l’origine de l’engagement de l’UFC dans une démarche qualité, il y a une attention “historique” à améliorer la professionnalisation des formations. // © Ludovic Godard/UFC

À l’origine de l’engagement de l’UFC dans une démarche qualité, il y a une attention “historique” à améliorer la professionnalisation des formations. // © Ludovic Godard/UFC

 

Pour porter ses 23.000 étudiants, l’université de Franche-Comté a initié une ambitieuse démarche d’assurance qualité de ses formations. Récemment intégrée dans une vaste Comue Bourgogne-Franche-Comté, qui vient de décrocher l’Isite, l’établissement cherche à coller aux recommandations européennes en matière d’amélioration continue.

 

Pour comprendre la démarche « qualité » audacieuse initiée par l’UFC (université de Franche-Comté) pour ses filières de formation, c’est vers la Belgique qu’il faut se tourner. C’est ici qu’est implantée la société FA2L (Formation à l’apprentissage actif de Louvain), entreprise issue de l’essaimage de l’université catholique de Louvain.

Depuis deux ans, elle accompagne l’établissement, réparti sur quatre sites (Besançon, Belfort-Montbéliard, Vesoul et Lons-le-Saulnier). « Nous avons trouvé à l’UFC des interlocuteurs enthousiastes à l’idée de retrousser leurs manches. Les deux vice-présidents en charge du projet sont persuadés qu’il en va de la survie de l’établissement, bien au-delà de la nécessité d’être en cohérence avec les recommandations européennes« , insiste Élie Milgrom, professeur émérite à l’École polytechnique de Louvain et formateur au FA2L.

Leur préoccupation ? Que l’université gagne en attractivité auprès des meilleurs étudiants, en étant identifiée autant pour la qualité de sa recherche que pour celle de ses formations. Et le professeur au FA2L de rappeler que la déclaration de Bologne de 1999 a été le point de départ des réflexions sur la qualité dans les institutions de l’enseignement supérieur.

 

ÉTENDRE LES MÉTHODES D’APPRENTISSAGE PAR PROJET

Les premiers contacts avec le FA2L ont eu lieu en 2013, via le réseau Figure (Formation à l’ingénierie par des universités de recherche). Ce réseau de 22 universités, à l’origine des CMI (cursus master d’ingénierie), avait demandé à l’équipe belge d’intervenir sur les méthodes d’apprentissage par problèmes et par projets (APP). Parmi les personnels formés, 26 enseignants et enseignants-chercheurs de l’UFC particulièrement motivés.

« Les huit CMI lancés par l’UFC depuis 2012 constituent un formidable terrain d’expérimentation. Une fois lancées, ces pédagogies actives (APP, Mooc, serious games, etc.) ont vocation à irriguer toutes les filières, à travers le Service universitaire du numérique et de l’innovation pédagogique, créé en 2014″, explique Lamine Boubakar, vice-président chargé de la recherche, et cheville ouvrière de la démarche assurance qualité des cursus à l’UFC, avec Frédéric Muyard, vice-président chargé de la formation.

 

Nous avons souhaité généraliser une approche par acquis d’apprentissage pour nos filières. Quels acquis souhaite-t-on atteindre ? Comment les évaluer ? Quelle pédagogie mettre en place ? (L. Boubakar)

 

Mais l’UFC a voulu aller plus loin que la diffusion de l’innovation pédagogique, en incitant l’ensemble des cursus à s’insérer dans une démarche d’amélioration continue. « Nous avons souhaité généraliser une approche par acquis d’apprentissage pour nos filières (connaissances, compétences, aptitudes). Pour cela, nous sommes partis de la construction d’une UE (unité d’enseignement). Quels acquis souhaite-t-on atteindre ? Comment les évaluer ? Quelle pédagogie mettre en place ? » détaille Lamine Boubakar.

À partir des European standard and guidelines for assurance quality, l’UFC et le FA2L ont rédigé leur propre référentiel d’évaluation de la qualité des formations. Reconnu par le HCERES (ex-Aeres), ce document a inspiré les questionnaires d’auto-évaluation auxquels ont répondu une centaine de mentions de licences et de masters, entre mars et octobre 2015 (vague B, campagne d’accréditation 2017-2021).

 

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L’UFC compte récompenser les mentions les plus engagées dans la démarche d’amélioration continue par un label qualité « maison ». // © Ludovic Godard/UFC

 

UN EXERCICE D’AUTO-ÉVALUATION ENRICHI D’UNE CENTAINE DE MENTIONS

« Pour les responsables de formation, cela a représenté un travail plus important que de répondre à une auto-évaluation du HCERES standard et un gros investissement pour l’UFC », remarque Frédéric Muyard, vice-président formation. Une soixantaine d’experts internes ont été désignés pour analyser ces rapports.

Un premier pas dans la direction voulue par l’ENQA (Association européenne pour la garantie de la qualité dans le supérieur) et le HCERES, qui souhaitent, à terme, davantage valider des procédures d’évaluation internes plutôt que les cursus des établissements.

 

Nous sommes un service public, nous n’avons pas à justifier d’un positionnement dans le cadre d’un marché concurrentiel ! (M. Savaric)

 

La démarche a pu susciter des incompréhensions, en raison de la longueur des questionnaires d’auto-évaluation, des délais de réponse attendus et de certains points inhabituels : appréciation du travail de veille des enseignants dans leurs disciplines ou encore évaluation du positionnement de la formation dans l’offre régionale de formation et l’environnement socio-économique.

Enseignant-chercheur à l’UFR SLHS (sciences du langage de l’homme et de la société), Michel Savaric estime que les questionnaires comprennent « des aspects néolibéraux. Nous sommes un service public, nous n’avons pas à justifier d’un positionnement dans le cadre d’un marché concurrentiel ! »

 

RÉVISION DE LA GRILLE D’ÉVALUATION DES ENSEIGNANTS-CHERCHEURS

Une cellule de trois personnes, dont deux qualiticiens, est actuellement chargée d’accompagner les responsables de DUT, de licences et de masters sur la démarche, la manière d’aborder le référentiel et la définition d’un plan d’action pour améliorer les formations.

Et l’UFC compte désormais exploiter ces questionnaires comme base d’amélioration continue des formations : « L’objectif visé est d’engager pleinement toutes les formations pour que chacune atteigne d’ici cinq ans un niveau d’exigence justifiant son ouverture », poursuit le vice-président formation.

Par ailleurs, les mentions les plus engagées pourront décrocher un label qualité « maison » et bénéficier d’un appui pour solliciter des labels européens. Pour le moment, elles sont cinq : les CMI (cursus master en ingénierie) en physique et mécanique (licences et masters) et la licence du département LEA de Montbéliard.

 

Si l’on nous offre une occasion de nous démarquer, nous devons la saisir. La petite taille de notre département permet un suivi des étudiants et une certaine réactivité. (F. Spagnoli)

 

Frédéric Spagnoli, directeur du département LEA de Montbéliard, compte sur la démarche pour apporter plus de visibilité à sa licence : « Si l’on nous offre une occasion de nous démarquer, nous devons la saisir. La petite taille de notre département permet un suivi des étudiants et une certaine réactivité ».

« Par ailleurs, la progression constante de nos effectifs nous a incités à une remise en question permanente, qui colle bien à la démarche qualité. Nous échangeons beaucoup avec les étudiants, nous avons instauré une cérémonie de remise des diplômes, développé les stages à l’étranger en L3, etc. », ajoute-t-il.

Pour inciter les enseignants-chercheurs à s’investir dans la démarche, l’UFC a revu sa grille d’évaluation pour la campagne de promotion 2015. Celle-ci décide des changements de grade (par exemple passage de maître de conférences à maître de conférences hors-classe), synonyme d’une meilleure rémunération. « La lecture des dossiers a été modifiée pour donner une part plus importante à l’investissement pédagogique« , livre le vice-président chargé de la recherche.

 

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L’université a rédigé son propre référentiel d’évaluation de la qualité des formations reconnu par le HCERES (ex-Aeres). // © IUT de Belfort-Montbéliard

 

UN GUIDE DES COMPÉTENCES EN PRÉPARATION POUR LES LICENCES GÉNÉRALES

À l’origine de cet engagement de l’UFC dans une démarche qualité, il y a une attention « historique » à améliorer la professionnalisation des formations. « Nous sommes une des rares universités de France à avoir réalisé un travail de fond pour réécrire et publier toutes nos fiches RNCP. Nous sommes la seule université française à mettre en œuvre le supplément au diplôme, valorisant le parcours individuel de chaque étudiant avec un tel degré de performance, reconnu par le MENESR et l’agence Erasmus + », insiste Frédéric Muyard.

Cette approche devrait également se traduire, fin 2017, par la publication, en partenariat avec l’Apec, d’un guide des compétences à l’attention des entreprises, des étudiants et de leurs parents. « Nous avons choisi les licences généralistes pour démarrer, car ces diplômes généralistes s’avèrent plus délicats à traduire en termes de compétences, par comparaison avec des licences ou des masters pro « , détaille Karin Monnier-Jobe, directrice du service orientation-stage-emploi à l’UFC.

Au-delà des formations initiales, la démarche qualité irrigue également le service formation continue, qui vient d’obtenir la certification ISO 9001 de management de la qualité. « En termes de visibilité, c’est intéressant, car les entreprises connaissent cette certification pour y être souvent elles-mêmes engagées », pointe Laurence Ricq, la directrice du service.

 

Article paru dans EducPro  le 25.01.2016 – Auteur Philippe Bohlinger

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